Comme son nom l'indique, la brasserie se situe à 'Felinfoel', un petit village voisin de Llanelli. Autrefois, rapportent les historiens, l'auberge brassait sa propre bière, et ceci seulement en hiver. Les qualités de conservation et la teneur de leurs bières étaient donc de toute première importance et la popularité de la "Bière Felinfoel" amena l'auberge du village à brasser pour d'autres auberges de la localité, ce qui, à son tour, aboutit à la construction de l'actuelle brasserie en 1878 afin de mieux répondre à la demande.
David John, le fondateur, possédait des fabriques de fer-blanc autour de Llanelli quand, au milieu des années 1830, il acheta le "King's Head" en face de chez lui dans le village de Felinfoel. Ce n'était pas un pub comme les autres, mais un important relais avec son atelier de forgeron pour l'entretien des chevaux. Mais il y avait un inconvénient; le long du bâtiment, qui dépassait sur la route, se trouvait un péage.
C'est cela même qui, à la fin des années 1830, fit monter la moutarde au nez. Les émeutiers de Rebecca, de pauvres métayers, agacés par les taxes routières sur leurs chariots et leurs animaux, se livrèrent à des actes de violence dans le Carmarthenshire en détruisant les péages. Un sentiment hostile envers les autorités grossissait. David John décida de renier le roi et rebaptisa sa taverne "l'Union Inn".
A l'instar de la plupart des pubs de l'époque, il brassait lui-même sa bière, ce qui s'avéra populaire et sa bière Felinfoel fut bientôt vendue à d'autres établissements. Puis, alors que la demande augmentait, il fit construire en 1878 une plus grande brasserie en face du pub sur les terrains de sa maison, Pantglas. L'imposante brasserie en pierre fut érigée sur le verger, s'alignant exactement avec la route.
Les bâtiments devinrent un centre névralgique de la communauté, en employant environ cinquante personnes. Un villageois rapporta plus tard:
"Presque toutes les familles avaient un cochon dans leur jardin. Lorsqu'on demandait au boucher de venir tuer le cochon dans la cour, on amenait de la brasserie de grands brocs d'eau chaude pour gratter et laver le cochon. Les gens des alentours prenaient même de l'eau chaude pour leur lavage hebdomadaire. On allait emprunter des échelles, aiguiser des outils, tout était bon pour boire un verre à la brasserie."
Le jour de brassage, les fermiers des environs venaient pour le "sog", le rebut de grains de la cuve à moût, pour nourrir leurs animaux. "Les charrettes des fermiers qui faisaient la queue encombraient les cours et la route". On finit par appeler cette route étroite Farmers Row (l'Allée des Fermiers).
La Brasserie Felinfoel était bâti en enjambant la rivière Lliedi, qui coule toujours à travers le site aujourd'hui, et dont le Révérend Benjamin Humphrey baptisa des centaines de personnes dans les eaux lors de la tragique période du grand réveil religieux de 1905.
La deuxième religion du village, le rugby, était également étroitement liée au brassage local. Des matches mémorables ont été joués sur le terrain de jeux avant d'être disputés avec acharnement à l'Union Inn, autrefois quartier général du club de Felinfoel.
L'ancien pub, goulot d'étranglement notoire sur la route qui traverse le village, fut finalement détruit en 1962 pour élargir la grande route. On raconte qu'il était si près de la brasserie d'en face que lorsque l'on utilisa les dépendances de l'Union Inn comme atelier de menuiserie, et que l'on y découpait des planches, la circulation était bloquée.
Progressivement, la brasserie développa ses affaires dans les anciens comtés de Camarthen, Cardigan et Pembroke, en achetant les pubs au fur et à mesure qu'ils se libéraient. Quand David John se retira des affaires, ses fils David et Martin reprirent la brasserie, Llewellyn John s'occupant de la fabrique de fer-blanc de Gorse, à Dafen, tous près de là.
En 1906, la brasserie se constitua en société privée, et se mit à produire également une eau minérale puisée dans une source au-dessus du village, sous la marque Trebuan Spring.
La famille avait également des intérêts miniers qui en 1908 faillirent ébranler la brasserie. En creusant un puits près la brasserie pour trouver un autre ravitaillement en eau, les ouvriers découvrirent une veine de charbon d'à peu près 60 cm d'épaisseur à 11 mètres sous terre. Mais après considération, la famille John décida de ne pas l'exploiter pour ne pas interférer avec les bâtiments de la brasserie.